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Les grandes espérances sont parfois les plus dangereuses... Au cours de ma scolarité, j'ai toujours amené dès que je le pouvais mes passions dans l'enceinte de l'enseignement... Parfois en rendant hommage (voire un peu en plagiant en fait avec le recul !) à des oeuvres que je pouvais aimer, d'autres en faisant de l'objet du culte, une étude, un dessin, un texte, un devoir. La réciproque par contre n'est pas franchement vraie. En effet, on ne peut pas dire que, par exemple, les cours de français m'aient apporté le goût de la lecture et encore moins le goût de certains auteurs. J'ai en effet détester la plupart des livres que j'ai eu à lire ou bien encore la plupart des textes à étudier. Une exception cependant. Parce qu'il en faut toujours une qui confirme la règle. Et cette exception, c'est Agatha Christie (qui un peu plus tard devint une passion et qui se retrouva donc au centre d'un devoir de français). Le prof de cette année-là était plutôt sympa et avait une approche ludique de son cours. Et cet extrait des Dix Petits Nègres couplé à sa version bande-dessinée avait réussi à me séduire et à aller me faire prendre le livre au CDI. Et il fut dévoré plutôt rapidement et le point de départ d'une lecture d'une bonne partie de l'oeuvre de la romancière. Mais comme je suis un homme d'image avant tout, un enfant de la télé, c'est aussi vers les adaptations que je me suis penché. Les classiques Le Crime de l'Orient Express, Le Miroir se Brisa y sont passés, pas mal de téléfilms ainsi que les séries Miss Marple (au moins les premières)... Oui, parce que déjà à l'époque j'avais une prédilection pour les séries mettant en avant des personnages féminins et donc j'ai toujours préféré Miss Marple à Hercule Poirot. Dont en fait il n'est nullement question dans Les Dix Petis Nègres qui nous intéresse plus particulièrement ici. En effet, puisque c'est mon oeuvre culte de la romancière, autant dire que chaque adaptation augure une sacrée appréhension. Surtout quand on voit toutes les oeuvres qui peuvent y faire penser, s'en réclamant plus ou moins, et que ça n'a jamais été aussi bon... Quoique parmi le haut du panier, je mettrais bien Umineko no Koro Ni qui part un peu dans tous les sens mais qui possède une sacré bonne ambiance. Si Harper's Island est sympathique, bon, ça n'a pas la force de nos Dix Petits Nègres. Et les deux adaptations cinématographiques que j'ai pu voir du roman m'ont laissé perplexe. Celle avec Charles Aznavour m'a semblé ne pas bien comprendre l'oeuvre et ne pas rendre compte de toute la tension qu'il pouvait s'en dégager, tandis que celle en noir et blanc était peut-être un peu trop vieille pour que je puisse l'apprécier à fond (cela étant dit, elle m'a semblé meilleure que celle avec le grand Charles).

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Alors oui, autant dire que lorsque l'annonce d'une mini-série a été faite, j'ai flipper pour le résultat. Et déjà, j'avoue, j'ai été un peu chagriné de cette petite adaptation faite pour rendre la célèbre île un peu moins polémique en la renommant l'île du Soldat (qui plus est, elle ne ressemble pas à un soldat) plutôt que Nègre (même si je comprends bien). A côté de cela, en fait, dès les premières minutes et jusqu'à la fin du premier épisode, j'ai été totalement rassuré. J'ai retrouvé cette ambiance que je pouvais aimer dans le roman... J'avais d'ailleurs l'impression de le relire. D'entendre et de voir pour la première fois les personnages autrement que dans ma tête (il y a juste quelques dialogues qui semblent un peu plus... comment dire ? Moins dans ce que j'ai pu lire au niveau de la traduction, notamment le "un grand pouvoir implique de grandes responsabilités" ou le marin qui fait des va et bien entre l'île et la terre comme une "main qui branle"). Sinon, l'atmosphère est diablement réussie, nous plongeant dans ce petit jeu macabre de personnages qui vont se faire tuer... On retrouve la construction avec les souvenirs des personnages qui viennent s'expliciter au fur et à mesure que l'on avance dans l'histoire, notamment celle de Vera qui est un peu le fil conducteur de l'histoire. On ressent vraiment tout ce cheminement vers la paranoïa qui s'instaure au fur et à mesure de la dispariton des personnages, des statuettes (mon dieu, par contre, ce qu'elles sont moches !! L'un des gros points noirs du film) et de la grande question de savoir qui s'amuse donc à les terrifier ainsi. La mini-série de 3x55min ne perd jamais en rythme et s'avère quasi-parfait jusqu'à sa conclusion qui précipite peut-être un peu les choses ou qui les amènent en tout cas de manière un peu dommageable (notamment pour le "dernier" petit soldat). Le cast est plutôt au diapason et s'avère plaisant dans l'ensemble (et que dire du charmant Aidan Turner -Being Human- sexy à souhait !). Si les dix petits soldats s'en sont allés, les téléspectateurs ont, eux, une bonne raison de rester.