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Comment faire tenir en 1h30 un scénario qui tient à l'origine en 73 épisodes ? A cette question en tout cas, le film Les Chevaliers du Zodiaque, la Légende du Sanctuaire n'aura pas réussi à apporter de réponse.. En tout cas, pas de réponse satisfaisante... Ni pour les fans, ni pour les novices de l'univers. Je ne suis pas contre la réécriture des mythes, des légendes et le reboot de séries, mais il faut le faire avec un certain doigté que n'a pas eu les créateurs de ce film qui ne fait en aucun cas honneur à l'oeuvre la plus populaire de Masami Kurumada. Je ne suis pas un fan extrêmiste et ça commençait presque bien cette rencontre avec ces chevaliers un peu plus modernes que ceux qu'on a connu jadis (à la fin des années 80... Oui, ça ne nous rajeunit pas). Alors ok, il faut se faire au chara-design extrêmement revisité des personnages qui n'ont que de vagues rapports avec les anciens, que ce soit dans leur look civil ou celui de chevalier. Il y a pourtant des marqueurs qui restent (notamment les cheveulures empruntées à l'animé -puisque côté manga, les persos étaient tous bruns !- mais aussi vaguement dans la forme des armures) mais ça produit son petit choc, même quand on y est préparé. Les armures sont plutôt passables dans l'ensemble (même si certains choix sont un peu particuliers), mais il y a un truc qui dérange vraiment chez elles : ce foutu casque évolutif et intégral !! Oui, c'est une idée un peu conne, disons le clairement et c'est très agaçant (et moche au passage). Après, personnellement, le choix de mettre les myth clothes dans le médaillon et de les faire apparaître dans des cercles genre FullMetal Alchemist ou Sakura Chasseuse de Cartes, c'est pas ce qui m'a le plus fait écarquillé les yeux au visionnage (après tout, c'est plus discret, moins encombrant, plus pratique...). Si on veut rester sur le chara-design des personnages, on pourra aussi souligner le côté très hétéroclite de ceux-ci et surtout, cette recherche de leur donner des looks sortis d'on ne sait où... Il faut s'attendre à voir des chevaliers barbus (genre Pirates des Caraïbes !!), piercés ou avec des lunettes... Oui, ne me demandez pas. Et puisque dans un si court film on ne pouvait pas faire apparaître tout le monde, et notamment Shina ou Marine, nos amis ont eu la bonne idée de féminiser un des chevaliers (je vous laisse la suprise duquel, mais ce ne sont pas ceux auxquels on aurait pu penser au premier abord...). C'est totalement hors-contexte, ça n'apporte rien et c'est en total désaccord avec l'oeuvre d'origine, mais on n'est plus à une trahison près. Parce que si le début commence soft (quoiqu'avec une bataille spatiale à cause de laquelle on se demande vraiment si on est entré dans la bonne salle), la suite du scénario vire quand même au grand n'importe quoi et c'est quoi ce bordel, avec, pour paroxysme, une scène totalement suréaliste mettant en avant Masque de Mort, le Chevalier du Cancer (en spoilant, j'ai envie de dire que le gars nous fait quand même un numéro chanté dans une maison plutôt colorée et qu'on peut profiter de la plastique pas si désagréable que ça du monsieur). Oui, j'ai un peu pleuré intérieurement parfois en visionnant ce film.

Affiche Saint Seiya Legend of Sanctuary

Parce qu'il a aussi été fait dans une optique de grand divertissement ne respectant pas vraiment le public d'origine ni son sérieux. En effet, il y a un choix on ne peut plus clair d'amener énormément de second degré dans ce film. Outre l'incessant (et agaçant) cabotinage de Seiya, on a quand même un Shiryu qui se la pète et garde son armure lors de scènes improbables (notamment la dernière, qui se situe après le générique de fin) et quelques autres scènes du même acabit où l'on se fout un peu de la série d'antan (comme l'explication de la traversée des 12 maisons). Là où il y avait du drame, de la tension, de l'amour, (et accessoirement une course contre la montre dont on se fout un peu royalement ici) La Légende du Sanctuaire ne garde plus qu'une bluette totalement niaise et un grand film bourré d'explosions et de batailles qui s'enchaînent sans réel temps mort mais du coup, sans aucune âme ni même émotion. Alors oui, visuellement, j'ai aucun reproche à faire, c'est juste super beau (et je pense que ça pouvait en jeter pas mal en 3D). Oui, même si j'ai été décontenancé par le choix fait pour représenter le Sanctuaire (à mille lieu de ce qu'il est dans le manga... j'ai envie de dire qu'il s'agit d'un village dans les nuages ici) je me suis dit "pourquoi pas", surtout que ça impressionne vraiment (la statue d'Athéna, les 12 maisons). Oui, visuellement encore, les combats sont réussis et dantesques parfois (quoique plus Dragonballiens que Saintseiyaesques peut-être) mais du coup, le scénario n'a le temps de rien développer. On retrouve quelques moments clés de l'histoire d'origine mais pas mal d'éclipses. Ce qui fait que je ne suis pas bien sûr que le novice saura tout comprendre, parce qu'il y a des choses qui paraissent acquises et pas vraiment explicitées (la relation Camus/Hyoga, ou, encore plus dérangeant, l'affrontement Dragon/Cancer où la réflexion sur l'armure du Chevalier d'Or arrive comme un cheveu sur la soupe et que tu ne peux pas comprendre sans avoir vu l'animé ou lu le manga). Quant au reste, c'est forcément expédié à la vitesse d'un coup d'un Chevalier d'Or !! On retrouve quelques caractéristiques de la série d'antan (comme l'éveil au 7ème sens, le fait de brûler son cosmo à son paroxysme, Shun qui ne sert à rien, son frère qui vient le sauver...) mais c'est encore plus maladroit que dans les films tirés de la série à l'époque. Et puis bon, comme on avait pas que ça à faire, fallait bien éluder quelques trucs (alors ne vous attendez pas à voir le Chevalier de la Balance et encore moins sa maison, idem pour celui des Gémeaux et Shaka se la joue freestyle sans raison bien compréhensible). Bref, faire rentrer une telle épopée dans un apéricube, c'était juste une idée suicidaire et on nous l'a grandement prouvé ici. Même en oubliant un peu le matériel d'origine, il est compliqué de dire qu'il s'agit d'un film qu'on pourrait conseiller. Le semblant d'histoire restant est confus, les personnages sont creux et vides. Reste donc un beau visuel et une musique agréable (quoique j'ai eu l'impression que c'était le même thème tout du long, vaguement réarrangé) mais n'égalant en rien la sublime musique de Seiji Yokoyama. A noter que la VF a fait un effort pour reprendre les termes employés dans la VF de l'animé à l'époque... Donc pas forcément fidèle à la VO mais jouant sur la fibre nostalgique des fans. Bref, vous voilà prévenus, jeunes gens, vous qui entrez en cette salle de ciné, vous perdrez sans doute tout espoir... C'est à vos risques et périls.